|
À 32 ans, elle restaure des meubles anciens avec de vieux outils : « C’est plus précis que les machines électriques »... |
3
Romy Hamon a entamé des études de langues avant de foncer « tête baissée » dans le travail du bois. © Marc Ollivier/Ouest-France
Chaque samedi, Ouest-France présente un métier. Ce 6 décembre 2025, Romy Hamon nous ouvre les portes de son atelier rennais. Ébéniste de formation, spécialisée en marqueterie mais aussi en dorure et en peinture bois, elle a beaucoup appris de son « maître ». Il lui a légué son savoir-faire mais aussi « ses bois, ses machines et ses clients ».
Ici un guéridon avec une patte en moins. Là une commode, des miroirs en cours de restauration, un vieux cheval à bascule et trois médailles qui pendouillent. Sacrée meilleure artisane de France, Romy Hamon est ébéniste. Spécialisée en marqueterie, elle pratique aussi la dorure et encore la peinture sur bois.
Son atelier rennais (Ille-et-Vilaine) est un joli bric-à -brac de 100 m2. Les meubles d’époque y côtoient des pièces plus récentes. Sur les murs, des collections de ciseaux à bois, rabots et serre-joints de toutes tailles et de tous les âges.
Au fond de cette grande pièce, des machines, elles aussi anciennes, comme cette scie à chantourner qui fonctionne à la force des mollets.  J’ai été formée avec ces outils. J’y suis habituée et c’est plus précis que les machines électriques.Â
Â
Lire aussi : REPORTAGE. Tapissière décoratrice, Anne-Claire Glasson Bréavoine rhabille les maisons avec peps

Après un CAP d’ébénisterie, Romy Hamon s’est spécialisée en marqueterie. Elle pratique aussi la dorure et la peinture sur bois. Marc Ollivier/Ouest-France
Après un bac général et un essai non concluant en fac de langues, Romy a  foncé tête baisséeÂ
dans le travail du bois.  Faire quelque chose avec ses mains, c’est hypergratifiant.Â
Elle a démarré par un CAP d’ébénisterie d’un an, complété de deux années de CAP Marqueterie et suivi d’un tour de France chez des restaurateurs de meubles.  C’est comme ça qu’on apprend. En CAP, on ne travaille pas les techniques traditionnelles.Â
La restauration réclame de nombreuses connaissances.  Sur l’histoire de l’art, les différentes époques, la manière dont les meubles ont été fabriqués, explique l’ébéniste de 32 ans. Ça prend du temps à acquérir.Â
Romy a ainsi prolongé son apprentissage pendant plusieurs années auprès de celui qu’elle appelle son  maître ».
Le jour de son 24e anniversaire
Il lui a légué son savoir-faire mais aussi  ses bois, ses machines et ses clients ».
Elle s’est installée le jour de son 24e anniversaire.  J’ai eu la chance de commencer en ayant toujours deux à trois mois de travail d’avance.Â
Avec le bouche-à -oreille et la participation à quelques salons, son carnet de commandes se remplit à présent un an à l’avance. La plupart de ses clients sont des particuliers mais Romy travaille aussi pour des musées privés, des mairies ou des associations quand il s’agit de restaurer l’autel d’une chapelle, une chaire, de nettoyer une statue.
Lire aussi : REPORTAGE. Charpentier, Yannick Venant assemble du bois noble pour bâtir des maisons durables
Sculpter la greffe
Sur son établi aujourd’hui, le guéridon boiteux. J’ai fait une greffe que je vais sculpter pour la mettre en forme, décrit Romy. Ensuite je vais recoller ce pied qui s’est arraché puis nettoyer légèrement le meuble et refaire la finition.Â
Raboter, ciseler, poncer, cirer, reprendre un vernis qui jaunit, combler un élément de marqueterie manquant, l’ébéniste redonne vieÂ
aux vieux meubles tout en les respectant.  Le but est que l’intervention se voit le moins possible.Â
Â
Même quand elle opère sur une commode d’époque. Sur les étagères, dans les tiroirs, des petits morceaux de bois de violette, acajou de Cuba, amarante, bois de rose, palissandre de Rio… Chaque petit bout est précieux.
Ce sont des bois qui ont beaucoup été utilisés en marqueterie pour les meubles du XVII et du XVIII
e.Â
Mais ça peut aussi être de l’ivoire, du laiton, de l’étain, ou même de l’écaille de tortue. Des matériaux qu’on ne peut plus toujours se procurer aujourd’hui. Comment les substituer sans se faire voir ? Secret d’atelier !Â

Romy Hamon utilise des machines anciennes comme cette scie à chant tourner qui fonctionne à la force des mollets. « J’ai été formée avec ces outils. » Marc Ollivier/Ouest-France
Dans son grand atelier, Romy officie essentiellement seule.  J’aime bien le silence.Â
Sauf quand elle accueille des stagiaires.  J’ai beaucoup de demandes.Â
La jeune trentenaire ne compte pas ses heures même si elle n’est plus sur le pont sept jours sur sept comme à ses débuts. Avec l’expérience, elle établit les devis plus rapidement, travaille plus vite.  J’ai aussi appris qu’il fallait prendre du temps pour soi.Â