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Pourquoi le Festival du Scoop est menacé... |
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Le festival du Scoop a réalisé une affiche reprenant le célèbre dessin d'un inconditionnel du Scoop, Plantu, le dessinateur du journal « Le Monde », et listant les dizaines et les dizaines de journalistes qui se sentent « partenaires » du Scoop pour y avoir participé, pour y avoir été distingués, etc.
Plus de subvention pour cause d'économies : la manifestation angevine risque de ne pas s'en remettre. A qui la faute ?
La faute à qui : Jean-Claude Antonini ou Alain Lebouc ? Trop heureux, le maire d'Angers, de piéger le père de la manifestation, son partenaire centriste... coupable de trahison aux dernières municipales en allant soutenir Christophe Béchu, en rayant le Scoop d'un coup de crayon rageur sur la liste des subventions ? « De toute façon, Jean-Claude Antonini n'a jamais su savourer la richesse d'un rendez-vous qui faisait rayonner le nom d'Angers sur tous les continents faute de s'y être jamais intéressé... », répète à l'envi Alain Lebouc.
La faute à Alain Lebouc lui-même ? C'est vrai qu'il est énervant, Alain Lebouc. Très. Énervant à toujours vouloir être le premier de la classe. À cultiver cette fascination pour tout ce qui scintille sur le petit écran. Énervant à vous raconter comment il est devenu un intime d'Élise Lucet ou Patrick de Carolis, comment il est à tu et à toi avec toutes les gloires des journaux télévisés... Et à s'enfermer dans ses réseaux, toujours les mêmes.
Le « Scoop », une référence. L'adhésion n'a pas été spontanée : les journalistes se méfient du mot « scoop ». Le scoop a sa noblesse quand des reporters, des vrais, vous ramènent des vérités interdites du fin fond de l'Afghanistan ou de Clichy-sous-Bois. Mais gare au scoop frelaté, au coup tordu, celui qui s'exhibe sans pudeur à la une de magazines people pour qui « déontologie » résonne comme un gros mot ! Et comme c'est toujours lui qui s'affiche avec le plus d'indécence...
Mais on ne tient pas un quart de siècle sans avoir creusé un sillon. Grâce aux amitiés qui se sont construites dès les premières années. Avec un cercle de journalistes de plus en plus large, ravis de pouvoir échanger sur leurs pratiques, au fil d'une semaine qu'ils vivent comme un privilège : à quel autre moment prennent-ils le temps, dans leurs rédactions, d'analyser leurs pratiques avec cette intensité ? Trop rarement : une rédaction, c'est une ruche où la course contre la montre est permanente... Et ils sont rares, les cercles où les journalistes acceptent de débattre de leurs pratiques. Elle a toujours eu du mal, la profession, à réfléchir sur elle-même. En s'ouvrant aux publics...
Loin du coeur de réacteur : le débat sur l'info. La semaine folle du Scoop, c'est des dizaines de reportages soumis à un jury de passionnés. Décortiqués, analysés... mais dans le secret de leurs réunions. Il est pourtant là , le coeur du réacteur du festival. Qui n'irradie vers les Angevins que le soir du palmarès. Une seule soirée, et c'est fini.
Le reste du temps ? Quelques interventions fortes autour de grands noms, des soirées de prestige, des expos de qualité, des débats qui viennent illustrer « le thème de l'année »... de plus en plus improbable. Comme le dernier, avec ces « Femmes, acteurs du siècle ». Où la problématique journalistique a été si peu présente.
Résultat : il y a longtemps que le Scoop a été rejoint par les paillettes. Par le people. On peut aimer Macha Méril et Line Renaud, deux des vedettes de la dernière édition. De fortes personnalités dans leur domaine. Mais ce n'est pas avec des rédac-chef de séries télés que l'on va enrichir le vrai débat journalistique.
En finir avec les petits règlements de comptes entre ex-amis. Et pendant ce temps-là , pas un mot sur la crise qui risque de plomber la télé publique avec la suppression de la pub, rien sur le marasme de la presse écrite, sur la toute puissance d'internet qui bouleverse les pratiques journalistiques et celles des consommateurs d'infos... alors que les États généraux de la presse étaient en plein bouillonnement. Rien qui fasse corps, rien qui fasse date et qui fasse dire : « Ça s'est dit à Angers. »
Alors s'il doit y avoir débat entre organisateurs et porteurs de subventions, c'est dans ce registre-là qu'il mérite d'être conduit. Pas dans celui des petits règlements de comptes entre ex-amis.
Alain MACHEFER.
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