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La Chapelle-Largeau oublie sa mine d'uranium... |
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Jean-Pierre Piednoir indique que le terrain de basket présente d'inquiétants affaissements du sol.
Le petit village des Deux-Sèvres, proche de Cholet, a la mémoire courte. On y construit des pavillons sur des terrains où la radioactivité perdure.
Jean-Pierre Piednoir, président de l'association Noria, à La Chapelle-Largeau, dans les Deux-Sèvres, est fatigué de se battre contre l'indifférence. « On a l'impression de ne pas être entendus », se plaint-il. Sa commune a été pendant longtemps un important site d'extraction d'uranium. 665 tonnes de minerai pur ont été extraites, à proximité du bourg, par la Cogema, entre 1958 et 1970. Et une génération plus tard, la plupart des habitants ont effacé de leur mémoire la notion même du danger, liée à cette activité.
Il ne s'agit pas de créer une psychose mais d'inciter les gens à être prudents. On oublie que la radioactivité de l'uranium 238 dure 4, 5 milliards d'années. Une éternité au regard de la durée de vie d'un homme. Celle du thorium 230, 76 000 ans, du radium 226, 1 600 ans... Les rayonnements émis n'ont pas d'odeur, pas de couleur. Rien ne peut signaler leur présence sinon des compteurs Geiger.
Demande d'une contre-expertise
La récente publication d'une étude menée pendant quatre ans par la société Géodéris et, surtout, la venue de Roland Desbordes, président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité), une association indépendante d'information sur le nucléaire, ont redonné espoir aux habitants de La Chapelle-Largeau qui souhaitent briser la loi du silence.
Le préfet du département, Régis Guyot (connu des Choletais pour avoir été candidat aux élections municipales en 2001), a joué la carte de la transparence en permettant à l'association Noria de disposer de toutes les données de l'enquête. Une réunion du comité interdépartemental de suivi des risques miniers aura lieu le 13 janvier, avec la Vendée. « Nous allons demander une contre-expertise réalisée par la Criirad », prévient Jean-Pierre Piednoir.
Le compteur Geiger s'affole
Une petite balade dans le bourg de La Chapelle Largeau laisse pantois. L'école privée se trouve tout près de l'implantation des bacs de lixiviation (1) de la Cogéma. Le terrain de football a été aménagé sur l'ancienne mine à ciel ouvert, comblée par une décharge de déchets ménagers. Armé de son compteur Geiger, Roland Desbordes a trouvé des endroits accessibles à tous où la radioactivité est pour le moins inquiétante. Entre le calvaire et le terrain de football, son appareil s'est emballé : avec 3 000 chocs à la minute, la radioactivité y est presque 40 fois plus importante que dans des conditions normales !
A proximité, Jean-Pierre Piednoir constate que seize maisons ont été construites sur des résidus de mine appelés stériles. « C'est une aberration, note Roland Desbordes. Stérile est un terme ambigu. Il désigne du minerai trop pauvre pour être exploité de façon économique par la Cogéma. Mais il contient toujours de l'uranium ainsi que d'autres corps radioactifs ». Quoi qu'il en soit, il est déconseillé de construire dessus : le radon, un gaz radioactif risque de monter du sol et de se concentrer dans les maisons, augmentant les probabilités de cancer chez les occupants.
D'autres dangers existent. La partie Est du bourg de La Chapelle Largeau est creusée d'une « toile d'araignée de galeries » qui peuvent provoquer des effondrements du sol. Le terrain de basket, proche du terrain de football, présente d'inquiétantes lézardes. Des affaissements du sol sont courants. « C'est la mine jumelle de celle du Chardon à Gorges, en Loire-Atlantique, où il y a eu un écroulement ».
Se mobiliser !
De l'autre côté de la route nationale Saint-Laurent-Mauléon, la plus grosse mine de la concession a été exploitée jusqu'en 1990 au lieu-dit la Commanderie. Près de 4 000 tonnes d'uranium pur en ont été tirées. Six millions de tonnes de stériles se sont répartis sur une surface de 36 ha, ainsi que des résidus de lixiviation statique.
Là aussi, les membres de Noria s'étonnent que l'administration ait donné, à 13 agriculteurs, l'autorisation de puiser de l'eau dans le lac formé par la mine à ciel ouvert. Une eau qui contient entre 5 et 15 fois plus d'uranium que la limite autorisée (15 microgrammes par litre).
Alors que faire ? Roland Desbordes incite « les citoyens à se mobiliser » afin de demander à Areva (le nouveau nom de la Cogéma) de procéder à une décontamination poussée de l'environnement. À suivre.
Michel CAILLARD.
(1) Lixiviation : disposer le minerai en tas et l'arroser d'une solution acide ou alcaline.