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« S’il n’y a plus d’électricité, je pars ! » À Angers, ils affrontent la crue, la contemplent… ou s’entraident... |
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La cale de la Savatte et le quai des Carmes, en face de la Maine, à Angers, sont désormais sous l’eau. Les habitants font face à la situation avec calme et patience… © Jérôme Fouquet/Ouest-France
Face à l’inexorable montée de la Maine, les habitantes et habitants du bas de la ville d’Angers (Maine-et-Loire) affrontent une situation inédite depuis près de 30 ans. Dans ces conditions, la solidarité s’exprime, la curiosité aussi. Et un peu le ras-le-bol…
Dans ce calme étonnant qui rappelle les périodes de confinements, des drôles de bruits de moteurs et de gargouillis troublent le silence. Ici, des pompes de relevage tentent, tant bien que mal, d’évacuer l’eau des caves. Là, le même liquide s’infiltre partout et une curieuse symphonie semble sortir de canalisations diaboliques.
Ce vendredi 20 février 2026, Angers (Maine-et-Loire) se réveille dans une ambiance de lendemain de fête, mais ce ne sont pas de joyeux fêtards qui sortent de leur lit, c’est la Maine. La rivière a atteint 6,28 m et devrait continuer à monter jusqu’à 6,39 m ce samedi, en milieu de matinée.
Depuis une semaine, déjà, les inondations bouleversent le quotidien des Angevins – enfin, surtout ceux du bas de la ville. Car le contraste est marquant entre ces quartiers imbibés et le centre-ville, par exemple, qui vit sa vie comme si de rien n’était.
« La ville n’a jamais été aussi paisible »
Autre paradoxe saisissant : alors que la crue de la Maine envahit les caves, ralentit les transports en commun, pénalise commerçants et particuliers, les photographes amateurs mitraillent à tout va, comme s’ils étaient au bord de la mer.

Quai des Carmes, la crue de la Maine est particulièrement impressionnante. Pour la plus grande joie des photographes. Ouest-France
La ville n’a jamais été aussi paisible
, constate cet Angevin, le smartphone hypnotisé par la rivière, avec un léger sentiment de culpabilité. Mais s’il n’ignore rien des dégâts provoqués par la crue, il est impressionné par la fougue de l’eau sauvage.
Ce coureur à pied a les chaussures trempées, mais il s’en moque : Je vais me réchauffer en courant »,
sourit-il en reprenant sa foulée. C’est bien l’une des rares personnes croisées ce vendredi matin qui n’a pas un téléphone à la main…
L’aventure, les pieds au sec
Car de la rue Thiers, copieusement inondée, au parking de la Rochefoucauld – où l’eau lèche les pneus des dernières voitures – c’est au bonheur des smartphones. Chacun immortalise la rivière en colère, les pieds au sec. Ici, les berges risquent peu de s’affaisser, à l’inverse de ces communes du bord de Loire où les élus dénoncent le
.tourisme de cru

La Maine s'engouffre désormais sur la trémie de la place Molière. Ouest-France
Alors, à Angers, les photographes amateurs ont le frisson de l’aventure, mais sans le risque. On peut même traverser les voies sur berges, fermées à la circulation, pour s’approcher au plus près de la Maine.
Bref, la crue suscite la curiosité, provoque de nouvelles habitudes mais génère aussi, parfois, des comportements pas forcément en adéquation avec le civisme le plus élémentaire. Demandez à Barbara, par exemple.
« C’est pénible ! »
Croisée dans la rue Garnier qui coupe la rue des Carmes, cigarette à la main, elle peste. C’est pénible ! Hier (jeudi 19 février), une trentaine de personnes se baladaient sur les passerelles mises en place pour faciliter les accès. Ils rigolaient, prenaient des photos comme s’ils étaient au spectacle. Pendant ce temps, moi, je ne pouvais pas rentrer dans mon immeuble.
Ce vendredi matin, son appartement, au rez-de-chaussée, est encore au sec. Mais plus pour très longtemps.
Et là, Barbara sourit. Heureusement, une habitante du troisième étage m’a proposé de m’héberger. Ça, c’est vraiment sympa. Il y a une vraie solidarité entre les habitants du quartier.
« On ne va pas en faire un plat »
Monique Toublanc a aussi le sourire. Sa maison regarde la Maine, sur le quai des Carmes, et son occupante voit l’eau se rapprocher inexorablement. Mais ce vendredi matin, les agents d’Angers Loire métropole sont là. J’ai appelé pour que l’on m’aide à surélever du mobilier. Ils sont venus tout de suite, ont apporté des parpaings… Vraiment très gentils.
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Est-elle inquiète ? Pas vraiment. On ne va pas en faire un plat…
N’empêche, elle est soulagée de ne pas être seule. Son logement, qu’elle occupe depuis quatre ans, elle y tient. Pour l’instant je reste, oui.
Ce qui pourrait lui faire changer d’avis ? Les coupures d’électricité ! S’il y en a, je pars. Sans lumière, sans chauffage, ce n’est plus possible.
En fin d’après-midi, la Ville annonçait de nouvelles mesures, dont, justement, des coupures d’électricité ciblées. Localisée dans les rues Ernest-Eugène-Duboys et Bertin, ainsi qu’à l’extrémité de la rue Maillé, elles ne concernent pas encore le quai des Carmes. Un répit pour Monique ?