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« On fait beaucoup de rituels rassurants » : assistants familiaux, ils accueillent quatre jeunes enfants à leur domicile... |
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Rachel et Yoann Jarnier sont assistants familiaux. Ils ont chacun en charge deux enfants. © Elsa Rancel, Ouest-France
Chaque samedi, « Ouest-France » présente un métier. Ce 22 novembre 2025, Rachel et Yoann Jarnier nous font découvrir leur quotidien d’assistant familial. Dans leur domicile de La Ville-ès-Nonais (Ille-et-Vilaine), ils accueillent et accompagnent quatre jeunes enfants confiés par l’Aide sociale à l’enfance, âgés de sept mois à quatre ans. « Ils ont un passé lourd, avec violences ou négligences. Crises, larmes, agressivité… Il faut savoir y répondre avec patience. »
Rachel est à l’ordinateur, tapant un compte rendu pour la référente de l’un des enfants qu’elle accueille. Yoann berce le bébé de 7 mois qui lui est confié : « Nos outils, ce sont nos bras et notre ordinateur », dit-il, avec un sourire. Ensemble, ils forment un couple d’assistants familiaux, accueillant à leur domicile et accompagnant des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) pour leur offrir un cadre familial stable et sécurisant.
Chacun d’eux prend en charge deux enfants âgés de 7 mois à 4 ans : « C’est un projet familial, réfléchi avec nos enfants. Nous en avons quatre, de cinq à dix-huit ans », expliquent-ils. Les repas se prennent à dix, et leur maison de La Ville-ès-Nonais (Ille-et-Vilaine) est suffisamment grande pour que chaque enfant accueilli ait sa chambre.

Les enfants confiés par l’Aide sociale à Rachel et Yoann ont entre 7 mois et 4 ans. Elsa Rancel, Ouest-France
« On accompagne l’enfant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, » décrit Yoann, 49 ans. Les journées sont rythmées par les trajets entre l’école, l’orthophoniste, le psychologue, le dentiste ou les locaux de l’ASE pour les éventuelles visites aux parents.? « Quand les plus grands sont à l’école, ajoute Rachel, 46 ans, il faut gérer la logistique?: ménage, cuisine, courses. À leur retour, on organise des activités, du bricolage, du sport. » L’été dernier, toute la famille, deux proches et les quatre enfants accueillis sont partis en vacances dans le Vercors.
L’indispensable soutien émotionnel
Au-delà de l’accompagnement éducatif, le soutien émotionnel est crucial. « Les enfants ont un passé lourd, avec violences ou négligences. Crises, larmes, agressivité… Il faut savoir y répondre avec patience », souligne Rachel. « On fait beaucoup de portage, de rituels rassurants », poursuit Yoann. Et tout cela sans négliger leurs propres enfants.
Dans leur maison, les assistants travaillent seuls, mais en étroite collaboration avec les travailleurs sociaux de l’ASE. « Ce n’est pas parce qu’on est parents que ça fait de nous de bons professionnels, insiste Yoann. Il faut savoir écouter, observer, analyser.?»
Elle était infirmière, il travaillait dans l’industrie
Il n’y a pas de diplôme ni de niveau d’études requis pour exercer ce métier. En revanche, il est nécessaire d’obtenir un agrément auprès du conseil départemental. Rachel a effectué une reconversion après vingt ans de métier d’infirmière, souhaitant être plus présente pour sa famille. Yoann, qui travaillait dans l’industrie, a été séduit par la première réunion d’information et a suivi sa femme dans l’aventure.
Après six mois d’instruction pour obtenir l’agrément et une formation de 300 heures, ils ont commencé leurs accueils en 2023 et 2024. Elle dure 420 heures depuis le 1er janvier 2025 : à réaliser en alternance après un stage préparatoire de 100 heures à faire avant le premier accueil.
Les embauches sont nombreuses : beaucoup d’assistants partent actuellement à la retraite et ils gardaient souvent plus d’enfants que ceux d’aujourd’hui. Ils étaient 38 000 en 2021 accueillant 71 000 enfants et jeunes majeurs. 93 % d’entre eux n’ont pas rencontré de difficulté à trouver un employeur, une fois l’agrément obtenu. La rémunération dépend du nombre d’enfants accueillis et de la durée de leur présence.
« Ce que j’aime, c’est prendre soin des enfants », résume Rachel. « J’apprécie aussi qu’on travaille tous les deux,??complète Yoann, en s’organisant comme on le souhaite. »