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« Nous sommes les derniers à avoir utilisé le puits 3 » : le chevalement, lieu de la mémoire ouvrière... |
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Martial Letourneau au pied du chevalement en bois du puits 3. © CO
Le site des ardoisières, à La Pouëze, avec son chevalement classé, est aujourd’hui un lieu de promenade. Il reste aussi un lieu de la mémoire ouvrière. Martial Letourneau y a été mineur.
Le chevalement en bois, monument historique, domine toujours le site des ardoisières à La Pouëze, commune déléguée d’Erdre-en-Anjou, Martial Letourneau se rappelle être le dernier à l’avoir utilisé. Nous étions alors en décembre 1988. Rencontre.
Quelle a été votre carrière aux ardoisières ?
Martial Letourneau : « Je suis rentré aux ardoisières en 1985, j’avais à peine 20 ans. J’ai tout de suite incorporé les équipes du fond, bien que mon père, mineur à la retraite, ne voulait pas. Au début, on découvrait le métier, après quelques mois, je me suis retrouvé au creusement des galeries à 375 m sous terre. Après l’arrêt de l’exploitation à La Pouëze, je suis allé à Trélazé ».
Que s’est-il passé en décembre 1988 ?
« Je faisais équipe avec René Cholet. Nous étions à l’extraction de la pierre avec pour consigne de ne faire remonter des blocs que de 5 tonnes maximum. À l’époque, nous utilisions le puits 3 bis pour atteindre la chambre d’exploitation C. Ce jour-là, nous avons engagé une table dont nous avions sous-estimé le poids, en fait elle faisait 7,480 tonnes. Lors de la remonte, elle a arraché les câbles et tout s’est écroulé au grand désarroi du machiniste, Julien Prel. Nous avons été chargés de dégager le bas du puits rendu inutilisable puis nous sommes remontés par le puits de secours 3 après l’évacuation de tout le monde. Comme les autres, nous avons accédé à la surface à l’aide d’un bassicot (un bidon). Nous sommes les derniers à avoir utilisé le puits 3 ».
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Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
« Cet incident qui, heureusement, n’a pas fait de blessé, n’a rien changé à l’avenir du site. Un an après, la descenderie (puits à plan incliné plutôt que vertical) s’écroulait à son tour, rendant inéluctable l’arrêt de l’exploitation. D’ailleurs, je ne suis pas sûr que les dirigeants voulaient maintenir l’activité. Je me promène ici avec beaucoup d’émotion et je trouve dommage que le chevalement en fer du puits 3 bis ait été démonté. C’est avec beaucoup de mal que j’ai fini ma carrière professionnelle en dehors des ardoisières ».