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Angers. Elle élabore un «nano médicament» contre le cancer du foie... |
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Angers, CHU?, 10 février 2021. Camille Savary dans un des laboratoires de l'Institut de biologie en santé. Cette enseignant-chercheur tente de mettre au point une nouvelle thérapie contre la forme la plus courante du cancer du foie.? © Anthony PASCO
Six chercheurs angevins viennent de recevoir une bourse de la Ligue contre le cancer. C’est le cas de Camille Savary qui planche sur un médicament nanoscopique pour soigner les tumeurs hépatiques.
C’est un peu Noël après l’heure pour Camille Savary. Cette pharmacienne de 35 ans originaire de Normandie, en poste à Angers depuis 2018, vient de se voir attribuer un aide de 22 000 € attribuée par la Ligue contre le cancer.
Un coup de pouce décisif pour intensifier son travail de recherche fondamentale intitulé : « Ciblage des cellules hépatiques cancéreuses par les nano capsules lipidiques et le peptide NFL-TBS.40-63 ».
Derrière cette formule barbare se cache un enjeu thérapeutique majeur : le traitement du carcinome hépatocellulaire, la forme la plus fréquentes du cancer du foie, 2e cancer le plus mortel au monde après celui du poumon.
Cette spécialiste en toxicologie qui partage son temps entre le laboratoire MINT*, au sein de l’Institut de recherche et d’ingénierie de la santé (IRIS) de l’Université d’Angers, et le département de pharmacie de la faculté de santé, où elle enseigne, développe une technique qui vise à mieux cibler et mieux soigner ces tumeurs, favorisées le plus souvent par des hépatites virales chroniques, l’excès de consommation d’alcool et la pathologie dit du «foie gras non alcoolique«.
Pour un traitement plus puissant et plus précis
Sa stratégie s’appuie sur le même principe actif (le Sorafénib) qui a fait ses preuves en thérapeutique anticancéreuse, en l’encapsulant cette fois dans un « nano-objet », 50 000 fois plus petit, dit-on, que l’épaisseur d’un cheveu...
Ce vecteur nanoscopique, qui pourrait également être administré par voie orale ou injectable, présente le double intérêt de mieux protéger la molécule anticancéreuse et de la diriger avec précision vers la partie malade de l’organe, sans endommager les cellules saines tout autour. L’espoir est de pouvoir ainsi élaborer une thérapie plus puissante que les simples traitements palliatifs actuels, en générant moins d’effets indésirables.
Les nanoparticules se dirigent déjà assez naturellement vers les cellules hépatiques. On rajoute à leur surface une clé – ce fameux peptide NFL-TBS.40-63, ndlr - pour cibler davantage encore les cellules cancéreuses
, explique Camille Savary.
«Une aide inestimable»
Ses essais biologiques sont réalisés pour l’instant in vitro sur des cellules saines et cancéreuses puis sur des tissus de patients, mis en culture par un laboratoire partenaire de l’université (HIFIH) à qui va aussi profiter une partie de la dotation.
Il s’agira ensuite de conforter ce travail sur des pièces tumorales issues d’ablation, avant d’envisager, à plus long terme, des essais précliniques et cliniques in vivo.
À l’échelle académique, mieux vaut rester humble. L’efficacité de ce nano médicament doit passer par de longues étapes de vérification avant que l’industrie décide un jour ou non de s’en emparer
, temporise l’enseignante-chercheuse, très reconnaissante à l’égard de la Ligue : C’est une aide inestimable. L’objectif d’un chercheur, c’est aussi de trouver de l’argent. Cette somme me permet d’abord d’être rassurée sur le bien-fondé de mon étude, ensuite d’acheter du matériel et de travailler avec d’autres plateformes. Si je n’avais pas cet argent, je serai extrêmement limitée dans mes investigations
.
*Micro et Nanomédecines Biomimétiques